Je suis extralucide de ma lucidité, c'est tout.

Hier soir j'ai pensé à une belle phrase. C'est oi qui dit belle phrase, donc ça veut juste dire, en langage normal "j'ai pensé à une phrase contradictoire". (J'adore me traduire, je me trouve intelligent après).

Laquelle était : "Je lutte pour défendre ma lâcheté."

Alors?

Bref. Je l'explique, plutôt. Pour une fois racontons ma vraie vie.

Hier soir, après une soirée déprime comme je les aime (j'hésite à mettre un "pas" entre parenthèses, je sais pas ce que j'en pense à vrai dire), je fais comme d'habitude, je me dis que je vais me coucher et que ça va passer, et je regarde finalement la télé (y'a rarement de la pure merde dans ces cas-là, mais j'ai jamais su pourquoi). Bon, je me retrouve donc devant la 3, un documentaire sur le mur de Berlin. J'avais même pas percuté que c'était bientôt les 20 ans. Il présentait toutes les tentatives - réussies - d'évasion, par ordre chronologique. A vrai dire, là ça m'a pas fait grand chose. Juste un documentaire quoi, on est un petit peu intrigué, un tout petit peu choqué. Il est fini, je zappe sur la 6. Là on s'en fout, mais je me rends compte en fait qu'aujourd'hui rien a changé. (Quel constat!) Je rezappe parce que je trouve ça nul. Re-la 3. Y'avait un autre doc sur le même thème. La Stasi cette fois-ci. Gros choc. Le documentaire était, je pense, presque comme les autres, mais pour une fois j'avais décidé de ne pas juste le regarder mais d'y réfléchir. Déjà je trouvais facile les silences qu'on laissait pendant les interviews et les gros plans sur les yeux brillants d'un mec qui collaborait et balançait un ami. (je simplifie grossièrement, parce qu'aujourd'hui, en fait, je crois que je m'en fiche).

Bref. Je vais me coucher, et me dis que, tout ce qui est politique, principes, guerre, libération, en bref engagement, moi j'y toucherais jamais et c'est plus important aujourd'hui. Je fais semblant de ne rien ressentir devant ces gens qui sont prêts à sacrifier n'importe quoi pour une idée. A vrai dire, c'est à cause de mon orgueil, je ne veux pas me dire qu'ils ont plus de courage que moi. D'où cette question que je me suis posée : faut-il encenser le courage et réprimer la lâcheté?

On a envie de dire oui hein? Entre un mec qui se fait emprisonner parce qu'il a voulu libérer 3 pélos de chez eux, et celui qui reste chez lui à se chier dessus, notre choix est vite fait. Il faut quand même avouer que c'est facile de présenter les choses comme ça.

Je me disais donc que, tant pis, moi je serais lâche, j'ai pas envie d'aller en prison (j'ai peur de rien bouffer, moi le maniaque de la bouffe) ni de risquer ma vie, oui, je préfère crever écrasé par un vélo que parce que j'ai pensé ça et non ça. Et puis, sursaut d'orgueil : "Non! Je serais pas lâche! J'écrirais des trucs super engagés!"
Toujours ce gros trip de l'écriture comme seule issue hein, désolé, je suis si idiot. Bon, je me suis vite rendu compte que écrire des trucs engagés, c'était justement l'être, et qu'on risquait presque autant sa vie à écrire des "trucs engagés". Je me croyais toujours en temps de guerre en fait. Parce que les trucs engagés que je chéris tant, aujourd'hui, y'en a tellement qu'ils sont même plus engagés. J'avais toujours pas la solution pour satisfaire mon orgueil. Oui, je veux pas être comme les autres, bien sûr, comme tout le monde.

Nouvelle solution donc : je serai engagé dans ma lâcheté. A vrai dire, je l'ai pensé seulement par le jeu des contradictions, et non pas par conviction. Je me suis dit que (je m'en suis dit pas mal, des trucs, en fait. C'était ma seule solution de pauvre petit qui veut oublier sa pitoyable vie qu'il déteste tant et qui le fait taaaaant souffrir. Ôôôôô pauvre de moi.) que que que, euh, ah oui que finalement, être lâche, c'était aussi dur - ou plus, mais ça c'est encore mon orgueil qui me l'a fait pensé - que d'être courageux. Oh, bien sûr, on est d'accord, c'est faux. N'empêche, si on y réfléchit, assumer sa lâcheté, c'est faire preuve de courage.

Là je me suis retrouvé pour la enième fois (ça peut, sans exagérer, se compter en milliers je pense, tant j'ai pratiqué ce machin de merde qui m'énerve tellement je l'adore.) face à un cercle vicieux : assumer sa lâcheté, c'est finalement être courageux, et dans ce cas on n'est plus lâche, mais pourtant on est quand même pas courageux puisque précisément on est lâche.

Voilà, tout est dit : j'étais content. Comme pour tous mes problèmes, j'avais la solution : la non-solution.
Quand j'ai un problème, j'essaye pas de le résoudre, j'essaye de le démonter, c'est affreux de conséquences, mais je sais faire que ça. J'avais donc démonté le problème de la sorte : je pouvais être lâche autant que je voulais car j'assumais cette lâcheté, ce qui était quand même trèèès courageux, et j'avais donc pas besoin d'être courageux pour réussir.

Alors bien sûr (j'aime cette expression je crois, c'est mon côté faux-pédagogue, ou démago, jsais pas), puisqu'aujourd'hui je dis tout ça, c'est que je me rends compte que ce que j'ai dit est faux et que j'ai donc conscience de ces absurdités. J'en viens donc à un autre problème.

Je suis tellement lucide que je ne le suis plus. (Encore une "belle" phrase.) En fait, je suis conscient de tout ce que je fais. Là je mets en marche mon esprit critique attention : enfin je crois être conscient de tout ce que je fais, et là je suis conscient que je ne suis pas conscient, mais du coup je le suis, c'est terrible.
Voilà, ça c'était mon faux esprit critique, je le fais passer pour un esprit critique mais ma seule capacité c'est de savoir retourner les mots pour les faire mentir (mais enfin là je fais vraiment preuve d'esprit critique puisque je me rends compte de ça, non? Non. Enfin si. Mais je peux pas me le dire, je suis tellement sûr d'avoir un esprit critique surdéveloppé, une conscience hors du commun que je me dis que (en fait je dis "je me dis que" pour pas dire "je pense", ça fait trop je trouve) ce ne sont que balivernes et qu'il est facile de se rendre compte de ses fausse capacités et de jouer le jeu.)

Voilà donc un problème que je ne résoudrai jamais, j'en ai bien peur. Suis-je réellement plus que conscient de toutes mes pensées, ou bien fonctionné-je seulement par contradictions sans me rendre compte de rien?

Se poser cette question, ce serait prouver que je suis bien conscient de tout ça, puisque je suis capable de me la poser.

Eh bien, justement, je crois que non.

Ce que j'arrive seulement à faire, ce n'est pas porter un jugement sur mes actes dans le but de les corriger, ça j'en suis totalement incapable. Ce que je fais, c'est simplement analyser mes phrases quasiment seulement que d'un point de vue grammatical ou purement linguistique, pour en tirer de fausses conclusions qui ne sont que le contraire de la pensée pensée. (c'est pas une faute de frappe).

Et là, hop, c'est reparti : "oui mais me dire ça c'est un vrai jugement puisque je me rends compte que c'est un faux jugement que je porte".

Donc en fait, je crois finalement que, comme je l'ai dit, j'y répondrais jamais à cette fichue question. Et ça va me en thé toute ma vie, peut-être, ça va hanter ce que j'écris en tout cas.

# Posté le lundi 02 novembre 2009 08:40

.

Définitivement non.

# Posté le dimanche 25 octobre 2009 05:57

Recette du jour.

Les larmes sont le meilleur des somnifères.

Avant, j'étais loin de m'en douter.

# Posté le samedi 17 octobre 2009 06:04

Modifié le dimanche 18 octobre 2009 08:43

Monsieur Seguin.

Il est de ces moments où on ne peut plus rien faire, où on peut plus penser mais seulement se souvenir, se rappeler, revoir, l'imagination est morte. On ne sait plus que dire, que faire. On ne se sent pas vide, mais paralysé, ou plutôt comme une chèvre : on peut encore bouger, mais seulement dans un certain périmètre. On ne peut plus rien explorer, pas même le malheur. On n'est pas triste, non, pas du tout. On n'est pas, simplement. C'est pire, et ce qui est pire c'est de vouloir préférer la tristesse, le désespoir vous emplissant à un tel point. On ne souhaiterait qu'une chose : se laisser porter. Mais on ne peut pas, on ne peut plus, maintenant que l'on est attaché. Nos pensées sont conformisées, nos mots sont sans valeur, nos images ne sont plus que clichés. On ne fait plus que survivre, on ne sait plus que faire. On tourne en rond, essayant d'atteindre centimètre par centimètre cette frontière qui nous sépare du réel, qui nous ramène à nos rêves. Vraiment, on ne peut plus, on croit prendre un millimètre, puis un autre, mais ce n'est qu'illusion, on sait qu'on y restera et le savoir nous désespère plus encore. C'est pire que d'être perdu : on ne sait que trop bien où on est. C'est une prison à ciel ouvert : on peut observer par delà les frontières mais on ne peut jamais s'y rendre. La réalité n'est plus qu'un mirage. A force de tenter d'imaginer, on ne fait plus que recoller diverses images ensembles pour croire que l'on en forme de nouvelles. On est coincés, enchaînés. Et peut-être pour toujours.
Les mêmes gestes, les mêmes paroles, les mêmes regards, les mêmes images, tout n'est plus que répétition, cercle sans fin. On sait qu'on peut détacher la chaîne, qu'il suffit de s'évader, de forcer, au fond de changer, mais on ne sait plus le faire, car on a cru savoir le faire. On fait cet affreux constat qu'on ne vit qu'une fois : le reste n'est que copie, reproduction, habitude. On chante toujours la même chanson, en s'en lassant mais sans pouvoir s'arrêter. Voilà le pire : cela nous insupporte mais on ne peut plus s'en empêcher, ça fait partie de nous.

A trop vouloir s'en débarasser, on l'a ancré en nous. C'est irréversible.

# Posté le mardi 13 octobre 2009 15:08

Paralogismes pour vous, sophismes pour moi.

Bizarrement, c'est quand j'ai le plus de pensées en tête (actuellement 342) que je ne peux me résoudre à poster run narticle. A dire vrai, je crois penser beaucoup de choses, mais ce ne doit pas être le cas : je n'arrive à en saisir aucune. Et la plupart de ces pensées concernant ma vie et non des réflexions faussement et stupidement métaphysiques - mais oui, mais oui, je qualifie de métaphysique mes textes insensés, quelle modestie - je ne souhaite, et je ne peux d'ailleurs pas, les coucher sur écran. De toute façon ce serait sans intérêt je pense. Ou plutôt si, ce serait trop intéressant pour que je puisse les laisser et trop intéressant pour que cela paraisse authentique d'ailleurs.

Toujours est-il (c'est affreux le nombre d'expressions toutes faites que j'emploie, j'ai un style hautement scolaire et atroce), toujours est-il, donc, que la Terminale ne m'offre plus le loisir d'écrire comme cela, hebdomadairement (?), presque quotidiennement, de la merde, dirons-nous. Non pas que je travaille plus qu'avant, je n'y arrive pas, mais mes pensées (je devrais en être amoureux tellement j'en parle), sont intégralement tournées vers cette année de longue haleine qui n'offre aucun repos.

Je commence à ne plus supporter le système scolaire, j'ai l'impression de perdre mon temps, non seulement parce que le rythme trop peu élevé le rend trop rapide, paradoxalement, mais aussi par l'inutilité de certaines matières ou plutôt l'approche que l'on en fait. Toutes ces réflexions bien-pensantes que l'on doit faire dans la plupart des matières nous amènent à une conformisation des opinions, il en va de soi. On nous demande de développer notre esprit critique, mais quand il est naturellement développé - oui, je m'en targue - on peut répondre sans réfléchir outre mesure, en ressortant simplement ce que le prof veut entendre de nous. C'en est tellement facile qu'à la fin on n'y arrive plus et on devient imbécile. L'éducation est vraiment le problème majeur en France, et peut-être partout, je pense. C'est la base des opinions futures et tout ce qui s'ensuit.

Voyez où l'écriture m'amène : des réflexions d'ordre purement politico-social auxquelles je n'avais pas même songé avant la rédaction de cet article. Grâce à ça, je viens de découvrir que je ne suis pas trop sérieux. C'est l'écriture qui produit cet effet. Etant donné que je ne peux me résoudre à écrire des pacotilles, j'emploie des expressions que je ne dis jamais, je mets toutes les horribles négations et tronque tous les mots à consonnance médiocre.

Je n'ai jamais trop réfléchi, pensé trop sérieusement, c'est le langage, les mots qui m'y poussent. Je suis l'esclave des mots et non de mes pensées. Je ne peux vivre sans ses mots, je ne peux les tuer, ce sont eux qui me font vivre, et qui me tue à petit feu.

Voyez par vous-même : croyez-vous vraiment que je pense que les mots me tuent? Bien sûr que non, mais, quand je l'écris, ça a de la gueule comme on peut dire, alors ces mots se laissent écrire, ou plutôt me force à les écrire, alors que je n'en pense pas le quart.

Et pourtant je crois à ce que j'écris.

Je n'ai jamais été moins libre qu'en ce moment.


Paralogismes pour vous, sophismes pour moi.

# Posté le samedi 03 octobre 2009 13:27